Obtenir une promotion est une vraie satisfaction, mais passer au niveau supérieur s’accompagne également d’une certaine appréhension, et ce, surtout quand on est jeune manager ! Comment gérer les personnalités difficiles ? Comment prenez-vous sa place ? Quelles sont les erreurs à éviter ? La réponse avec Laurence Bonhomme, consultante et coach pour Practeam.
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Jouer à Little Chef
Profil : Le réflexe, une fois propulsé à la tête d’une équipe, consiste parfois à vouloir tout révolutionner. On arrive, le vent en poupe, persuadé de devoir tout bouleverser, même ce qui fonctionne, dans l’idée de marquer son passage et d’asseoir son autorité, sans même sonder les ressentis ou les attentes de ceux qui nous entourent.
Pourquoi c’est nuisible : L’enthousiasme de la promotion peut vite tourner à la démonstration maladroite : à force de répéter « J’ai fait ci, j’ai fait ça », on frôle le monologue, et la confiance laisse place à la posture. Les équipes ne sont pas dupes : ce déballage peut révéler un manque d’assurance et finir par lasser.
Le conseil du coach : « Ce type de comportement passe très mal auprès des équipes. Il vaut mieux faire preuve d’écoute, d’humilité, et éviter de prendre la posture du super-héros », insiste Laurence Bonhomme. Avant de vouloir imprimer sa marque, il s’agit de comprendre ce qui, jusqu’ici, a bien ou mal tourné. « Ce sont nos compétences réelles et nos actes concrets qui finiront par asseoir notre légitimité. »
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N’osez pas prendre votre place
Le profil : À l’opposé du manager autoritaire, il y a celui qui peine à s’affirmer et préfère se fondre dans le collectif, quitte à gommer sa position hiérarchique.
Pourquoi c’est nuisible : « Rester accessible, oui, mais un manager doit assumer trois grandes responsabilités : fixer les objectifs, piloter les missions et guider l’équipe vers la stratégie », rappelle Laurence Bonhomme.
Le conseil du coach : Pour être réellement reconnu dans ce rôle, il faut s’autoriser à prendre sa place. Faire la liste de ses compétences, s’appuyer sur ses points forts, et s’autoriser à demander une formation si le besoin se fait sentir, en interne ou à l’extérieur. Oser, c’est franchir le cap et gagner en légitimité, précise la coach.
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Vouloir être la grande petite amie
Profil : Il arrive que certains managers cherchent avant tout à se faire apprécier, basculant dans la complicité et la proximité excessive. Laurence Bonhomme se souvient d’un cas où une responsable multipliait les plaintes pour créer de la connivence, espérant ainsi se rapprocher de ses équipes.
Pourquoi est-ce risqué : « Un manager qui critique l’organisation ou se positionne comme simple camarade perd en crédibilité. Comment motiver ensuite son équipe ? », souligne la consultante.
Le conseil du coach : Pour Laurence Bonhomme, la clé réside dans l’exemplarité. Il ne s’agit pas de rompre tout lien de sympathie, mais de fixer une frontière professionnelle claire. Trop de familiarité brouille le cadre et nuit à la dynamique collective.
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Échapper aux personnalités difficiles
Profil : Prendre un poste de manager, c’est parfois devoir composer avec des collaborateurs qui espéraient la même promotion, ou qui possèdent davantage d’expérience. Laurence Bonhomme en a fait l’expérience elle-même, face à un collègue plus âgé et déçu.
Pourquoi c’est nuisible : Ignorer la tension ou éviter la confrontation ne fait qu’envenimer le climat. Le collaborateur écarté peut se mettre en retrait, saboter certains projets ou retenir de l’information. De son côté, le manager risque de s’enfermer dans le malaise, incapable d’assumer ses décisions.
Le conseil du coach : Faire le choix de l’affrontement, mais dans l’esprit d’une discussion constructive. « Aller voir la personne, admettre qu’elle visait aussi le poste, demander son point de vue : cela désamorce bien des blocages et montre de la considération », explique Laurence Bonhomme. Mieux vaut assumer ce face-à-face, écouter ses ressentis, et décider ensuite : soit on réaffirme sa position, soit on ouvre une porte à la discussion. L’important est de ne pas fuir, ni pour soi ni pour l’équipe.
5. Laissez-vous guider par votre n°1
Profil : Une autre tentation fréquente chez les jeunes managers : s’en remettre systématiquement à son supérieur, et déléguer à l’excès la prise de décision.
Pourquoi c’est nuisible : En confiant trop de latitude à son n°1, le manager se dessaisit peu à peu de son autorité. Les collaborateurs prennent alors l’habitude de passer par-dessus lui, négociant directement avec l’échelon supérieur. Résultat : un manager perçu comme simple relais, avec peu de poids dans l’organisation.
Le conseil du coach : « Il faut clarifier, avec son supérieur, les contours de ses responsabilités et ce qu’on peut ou non décider en autonomie. Les annonces majeures doivent venir du manager, pas de plus haut. Si un désaccord se profile sur les directives, mieux vaut en discuter en amont avec son n°1, pour se donner les moyens de convaincre l’équipe. L’art du management, c’est justement de trouver la bonne distance, d’affirmer son autonomie tout en restant aligné avec la direction », conclut Laurence Bonhomme.
Prendre la tête d’une équipe, c’est jongler avec les postures, les attentes, les tensions. Cela demande de la lucidité, du courage, de l’écoute, mais aussi de savoir tracer sa propre voie. Ce n’est pas le titre qui fait le manager, mais la capacité à inspirer confiance, même dans la tempête.

